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HOMELIE Jn 13, 1-15 ; jeudi 5 avril 2007 (Jeudi saint) La nuit qu'il fut livré, le Seigneur prit du pain , rappelle saint Paul dans sa Lettre aux Corinthiens entendue en 2 ème lecture. Or, ce pain était un pain azyme, c'est-à-dire, sans levain, comme il est écrit au livre de l'Exode, c'était notre 1 ère lecture. Encore aujourd'hui, les Juifs célébrant la Pâque , leur grande fête, y emploient un pain sans levain, comme nous-mêmes allons prendre un pain sans levain, pour célébrer la messe, selon l'antique usage de notre Eglise latine. Pour les Juifs, pour Jésus et pour ses apôtres, il s'agissait de célébrer les hauts faits de Dieu sur Israël, en renouvelant une des circonstances qui accompagnèrent, selon l'Ecriture, la sortie d'Egypte. Le départ des Hébreux avait été en effet si précipité, qu'ils avaient dû faire cuire la pâte qu'ils avaient emportée de là-bas, sans qu'elle eût eu le temps de lever. Ainsi le pain azyme, par quoi l'on commémore la libération du peuple de Dieu par la main du Seigneur, dit toute la précarité à quoi cette libération a voué les Israélites, et cela quarante années durant. Ils se trouvaient en effet tirés d'un esclavage honteux, mais qui du moins avait son confort et ses avantages, pour les longues errances que l'Ecriture raconte parmi les sables ardents du Sinaï. Ce temps du carême, où nous sommes encore, nous avertit qu'en vérité il nous est pénible d'être rendus par Dieu à la liberté. La faute n'en est pas au Seigneur qui nous appelle à lui comme à notre bonheur véritable, mais à nos attachements pour les choses de la terre. Nous avons pu éprouver, physiquement et spirituellement, que la libération par la main de Dieu ne nous conduisait pas immédiatement dans un lieu de délices et de repos ; nous avons pu éprouver combien nous avions du mal à quitter nos conforts et nos certitudes, à laisser le certain pour l'inconnu, pour ne plus nous en reposer que sur les promesses de Notre-Seigneur, qui nous mène d'abord au désert, et nous y fait un pain de misère, à l'image de ce pain azyme. Mais avec la coupe de vin que le Seigneur prit aussi cette nuit-là, la liturgie de la Pâque des Juifs, et celle de l'eucharistie dont le Jeudi saint fête l'institution, ces liturgies donc nous proposent une image toute contraire à celle des pains sans levain. Car il faut du temps pour élever un vin, même nouveau. Cela suppose un établissement durable. C'est pourquoi, de même que le pain azyme figure le désert où Dieu conduisit son peuple au sortir de l'Egypte, la coupe de vin représente cette terre de la promesse où devaient, avec le vin, couler également et le lait et le miel, le lieu où Dieu désirait mener ses fils au terme de ce désert. Le pain de misère ne peut aller sans ce vin de joie et de fête, qui donne sens à notre pèlerinage sur la terre, Dieu ne nous ayant créés, Dieu ne nous ayant donné la vie qu'afin que nous l'ayons en abondance. Cependant, en cette nuit d'avant la Pâque , le Seigneur, prenant ainsi le pain de misère et le vin d'abondance, n'a pas seulement confirmé ces antiques symboles qui représentent notre destinée sous la conduite de Dieu. Il en a renouvelé le sens, en désignant, dans ce pain de misère, son corps de douleur qui devait être exposé le lendemain sur la croix, et dans le vin de la coupe, le sang qui en allait couler. Vous avez là, nous dit-il comme aux apôtres, ma chair et mon sang séparés l'un de l'autre, comme la chair de l'agneau de la Pâque se trouve vidée de son sang lors de ce sacrifice qui est en effet une autre cérémonie de la Pâque des Juifs, joint au rite des pains sans levain, comme nous l'apprend la 1 ère lecture. Remarquez qu'il y est dit : Vous choisirez l'agneau d'après ce que chacun peut en manger. Cela signifie que cette viande du sacrifice est tout entière destinée aux humains. Telle est la marque singulière de la religion d'Israël par rapport à toutes les autres religions de l'époque. Leurs dieux se font nourrir par les humains, qu'ils n'ont façonnés qu'afin d'être servis par eux. Mais le Dieu d'Israël est le Dieu créateur, qui n'a pas besoin des créatures : il les a fait exister par un acte tout libre, et selon son seul amour. Il n'a que faire du sang des animaux, ce Dieu à qui, comme il le dit dans un psaume, tout le bétail des forêts appartient. Aussi a-t-il établi ce rite de l'agneau pascal afin que ses fidèles fussent bien avertis que tous ses dons sont pour eux, et qu'il ne prétend s'en rien réserver pour sa part. Cependant, la Loi de Moïse défendait qu'aucune viande fût consommée autrement que cascher, c'est-à-dire, entièrement vidée de son sang, et nous savons que cet usage s'observe encore parmi les Juifs. C'est que le sang passait pour le siège de la vie. Et c'est pourquoi il convenait de s'abstenir de le consommer : il convenait d'en faire hommage à Dieu comme celui de qui vient toute vie, pour l'homme comme pour l'animal. Et cependant, prenez et buvez, ceci est mon sang , dit Jésus. C'est là vraiment un commandement nouveau, et l'on voit pour quoi. Y obéir eût contrevenu à la Loi de Moïse, si celui qui le donnait n'avait été le Fils de Dieu et l'auteur même de la Loi. Par là, il nous donne à voir que les bienfaits qu'il nous destine, ne sont pas seulement le vin, le lait et le miel, qui ruissellent en terre promise, ni les avantages que le monde même peut regarder comme des bénédictions ; mais ce bien qui nous est ménagé dans l'eucharistie, c'est le sang de Jésus, c'est la vie de Dieu lui-même, désormais présents sous chacune des figures du pain et du vin, puisque, Jésus étant ressuscité, son sang se trouve à nouveau, et pour toujours uni à sa chair. En quoi consiste cependant cette vie de Dieu ? Qui pourra nous représenter ce bonheur ineffable ? Nul ne le peut, car notre esprit ne nous propose que des images et des créatures, pour une vie incréée, au-delà de toute créature. Mais que dis-je ? Cette vie de Dieu n'a-t-elle pas sur cette terre un visage, celui de Jésus-Christ ? celui du maître servant ses frères humains, pour bien leur dire quel prix ils ont aux yeux de Dieu, qui les veut pour toujours près de Lui. Voilà toute la vie de Dieu sur cette terre. Frères, nous y avons part, mystérieusement, mais très réellement, par le service mutuel. Et nous publions, par notre participation au sacrement de l'autel, que cette vie de service est divine, qu'elle ne vient pas de nous, mais de plus loin que nous, du Dieu venu sur la terre en Jésus-Christ. Ainsi donc, Jésus donnant à ses amis la vie de Dieu dans une coupe, Jésus à leurs pieds au cours de ce repas, et leur commandant de faire de même entre eux, ce sont là un seul et même mystère, manifesté à l'heure du sacrifice du soir. Avant donc que de célébrer l'eucharistie, représentons-en la figure, par le geste du lavement des pieds que, comme prêtre de Jésus-Christ, la liturgie me demande d'accomplir à présent.
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