Site des moniales dominicaines,
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HOMELIE
du Frère Jean-Christophe de Nadaï, o.p.

Mt 28, 8-15 ; lundi 9 avril 2007 (lundi dans l'octave de Pâques)

Elles étaient tremblantes et toutes joyeuses. Jusqu'au bout la crainte l'a disputé à la joie dans le cour de ces femmes. Elles tremblent, comme la terre a tremblé, souvenez-vous, en un grand tremblement , dit l'Ecriture, lorsque l'ange du Seigneur est descendu du ciel, ayant l'aspect de l'éclair , venant rouler la pierre du tombeau et s'asseoir dessus. A sa vue , dit l'Evangile, les gardes ont tressailli d'effroi et sont devenus comme morts. Et si les femmes n'ont pas connu le même sort que les gardes à l'aspect de cet ange, elles ne l'ont dû qu'à la voix de l'ange, leur disant précisément : « Ne craignez pas, quant à vous : je sais bien que vous cherchez Jésus, le crucifié : il n'est pas ici, il est ressuscité, comme il l'avait dit. » Cette nouvelle, portée par la voix de l'ange, a pu verser la joie dans leur cour, mais non pas en bannir entièrement la crainte. Il fallait que cette joie fût rendue parfaite, et cela, par Jésus seul. C'est un ouvrage que Jésus se réserve pour lui-même, en faveur de ces femmes, venues servir sa mémoire à travers le service de son corps, parce qu'il ne veut plus les appeler servantes, mais amies. C'est pourquoi le Ressuscité se rend à leur rencontre, et leur dit : « Je vous salue » ou plutôt, selon la lettre du grec : « Réjouissez-vous »  ; et encore, plus loin : « Soyez sans crainte » Je viens à vous avec tout mon amour, cet amour parfait qui chasse la crainte.

Au premier instant que Jésus s'était manifesté à leurs regards, leur disant : « Réjouissez-vous » , n'avaient-elles pas immédiatement osé s'approcher et lui saisir les pieds ? Et cependant, aussitôt après, les voilà qui se prosternent devant lui, comme saisies par la crainte de Dieu dont elles craignent de soutenir l'aspect.

C'est pourquoi Jésus leur commander encore : « Soyez sans crainte ». Et surtout, quand il les envoie auprès des autres disciples, il se plaît à les désigner comme ses frères. C'est ainsi qu'au moment où les femmes se prosternent devant lui et l'adorent comme Dieu, par un instinct très sûr, puisqu'il est en effet leur Seigneur, Jésus se déclare à nouveau d'abord comme le Fils de l'homme, comme aux jours qu'il parcourait les chemins de la Palestine , où il était venu se donner des frères et des sours, et leur apprendre à devenir ses amis, qui fassent ainsi choix de celui qui les avaient choisis. Oui, celui qui ressuscite, ressuscite vraiment homme, comme nous. Ce n'est pas un Dieu qui aurait revêtu l'homme, comme on revêt un vêtement qu'on peut quitter, ou qui aurait joué une histoire humaine, comme une pièce de théâtre destinée à finir. Est-il une autre nation dont les dieux se soient faits proches, comme notre Dieu s'est fait proche au point de devenir l'une de nous et nous faire partager pour jamais sa vie divine et bienheureuse, dans notre humanité, pour que nous devenions ses familiers, ses élus, et cela pour l'éternité, et dans une intimité propre à bannir toute crainte ?