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Profession solennelle de sœur Marta-DominiqueMonastère de Dax, 3 juillet 2010par le frère Thierry Hubert, o.p. Il est des rencontres fécondes Ces quelques mots pourraient commencer en partant de très-haut, du Ciel peut-être mais précisément la venue dans la chair du Verbe de Dieu nous amène à envisager la rencontre de manière plus terre à terre, plus terreuse dirait le livre de la Genèse, plus humaine. D'ailleurs, depuis sainte Thérèse d'Avila, nous savons que « Dieu est aussi dans les casseroles ». Et c'est à cette hauteur de vue que je voudrais d'abord me situer. Ces dernières années, sœur Marta-Dominique est venue régulièrement au couvent des frères de Strasbourg pour y passer quelques jours et des examens de droit canonique. J'étais à l'époque le maître de maison – l'intendance pratique – et sœur Marta la blanchisseuse de ce monastère. Nos fonctions nous ont conduits à parler bout de chiffons et torchons. Mais la cuisinière de notre couvent se désespérait chaque matin de trouver sur les portes métalliques des réfrigérateurs les traces de doigts et de mains des frères. Et c'est alors que Marta nous parla d'un produit d'entretien miracle contre ses méfaits. Sachez donc mes sœurs de Dax, que le couvent de Strasbourg doit aux études en droit canonique de sœur Marta-Dominique d'avoir retrouvée la paix dans sa cuisine. Finalement, droit canonique et conseil de propreté font en sœur Marta bon ménage. Il est des rencontres fécondes Un jour, pendant mon noviciat, il y a une dizaine d'années, une vieille moniale que je voyais entre deux offices avec un livre à la main ou un balai dans l'autre le dit : « quand on arrive ici et que l'on y reste, peut importe ce que l'on y fait. C'est l'amour qui nous porte. » Voilà, frère et sœurs, la posture fondamentalement paradoxale d'une vie de moniale. Vivre d'amour quand bien même les apparences n'épousent pas ce que l'on dit ou fait de l'amour à l'extérieur du monastère. Les textes de la liturgie que nous avons entendus et empruntés à la fête de Marie-Madeleine nous donnaient la tonalité, la coloration joyeuse et grave de cet Amour. j'ai cherché Celui que mon cœur aime. J'ai trouvé Celui que mon cœur aime. Je te cherche dès l'aube. Mon âme a soif de toi Alors qu'il faisait encore sombre, Marie-Madeleine se rendit au tombeau. Dans les rues de la ville, avec la bien-aimée du cantique des Cantiques ou dans le jardin du matin de Pâques, il s'agit de la même quête, la même recherche de trouver Celui qui se révèle Chemin, Vérité et Vie. Il s'agit de la même quête qui révèle la source de nos existences pour nous y abreuver afin de ne plus avoir soif. Il s'agit de la même quête qui révèle la profondeur de la Vie, son invisibilité qui lui donne tout son poids. Le poids d'une vie est le poids de l'amour qui la porte. Cette quête est absolue, c'est-à dire littéralement déliée : déliée de tout égoïsme, de tout compromis mondain, déliée de toutes les bandelettes du péché qui nous retiennent amorphes dans le tombeau de la mort. Cette quête est alors mis en mouvement : marcher, courir, s'élancer, parcourir montagnes et collines, traverser l'Europe s'il le faut pour s'arrêter ici à Dax, devant la Mer. Ce désir absolu se manifeste aujourd'hui, pour sœur Marta-Dominique, dans cette vie donnée, déposée dirait saint Jean, dans les mains de Dieu et de la prieure de ce monastère. « Moi, sœur Marta-Dominique je promets obéissance à Dieu, à la BVM, à saint Dominique, au maitre de l'Ordre et à toi sœur Marete de l'Eucharistie ». Vie donnée, vie déposée par Amour de Dieu, vie certifiée et vérifiée dans l'amour fraternel. Seul l'Amour peut faire cela. Seul le désir d'amour peut amener à déposer sa vie. « Ton amour vaut mieux que la Vie ». J'ai saisi celui quez mon cœur aime te ne le lâcherai plus dit la bien-aimé du Cantique. Ils ont enlevé mon Seigneur dit Marie Madeleine. Cesse de me retenir. Ne me touche pas lui dit Jésus. Expérience désarmante - on pourrait dire appauvrissante de l'Amour. Car Dieu, et la chair du Christ elle-même se dérobe à toutes nos tentatives de réduction, d'enfermement, de possession, de mettre la main sur . L'amour ne met pas la main sur . Mais l'amour a les mains ouvertes. Au risque de la patience, au risque de l'attente, au risque de la persévérance quand la sécheresse du cœur quand le désert spirituel menacent. Mais l'amour ne captent pas et ne peut rendre captifs. Et ce sont dans les mains ouvertes de sa prieure que sœur Marta offrira les siennes pour prononcer les paroles de sa profession solennelle. L'amour a les mains qui s'ouvrent et qui s'offrent. L'amour a les bras qui s'ouvrent et qui s'offrent. L'amour a les bras en croix. Et c'est en ayant les bras en croix que sœur Marta a demandé la miséricorde. L'aventure de la vie monastique est cette configuration – nous le savons bien depuis saint Bernard – cette configuration, cette ressemblance à l'être que l'on aime et qui bien avant que l'on désire s'en saisir nous avait déjà saisi par ses bras étendus sur la croix, par sa vie déposée. Il est des rencontres fécondes La sainteté de Marie-Madeleine présente dans notre liturgie met en lumière l'orientation de la profession de sœur Marta-Dominique comme moniale dans l'Ordre des Prêcheurs. A Marie-Madeleine, figure de la Miséricorde répond la question de la prieure que nous avons entendue tout à l'heure ? - que demandes-tu ? – la miséricorde de Dieu et la vôtre. – lève-toi. Marie-Madeleine est le précieux témoin de femme pécheresse relevée par la Miséricorde de Jésus. Elle est le précieux témoin que la misère terreuse de nos existences est l'occasion favorable de la miséricorde du Ciel et de ses habitants. A nos égarements, nos péchés, nos manques répondent la grâce et la fidélité de Dieu. - lève-toi . Un verbe du vocabulaire de la Résurrection. La miséricorde est comme un signe effectif de la Résurrection, de la Victoire de la Vie sur toutes nos morts, celles qui nous entrainent dans les profondeurs de la terre alors qu'il s'agit pour nous de vivre debout, levé, relevés de toutes nos fautes. La miséricorde ainsi vécue devient l'expression de la fécondité de cette vie déposée dans la clôture de ce monastère. « Marie-Madeleine, cours vers tes frères ». Marie-Madeleine est l'apôtre des apôtres, révélateurs des fils de Dieu, frères de Jésus. Dans ce jardin de la Résurrection, en ce huitième et premier jour de la semaine, voici la nouvelle création, la révélation la plus profonde sur notre humanité, fils et filles de Dieu. Jésus confie à une femme le soin d'annoncer cette nouvelle identité. C'est la première fois que Jésus appelle ces disciples ses frères. Désormais, nous sommes fils dans le Fils et la vie qui coule en Jésus Ressuscité coule aussi en nous. Voici chère sœur la mission de la moniale OP : révéler, rappeler la condition de fils de Dieu à ses frères. On se plait à dire dans l'Ordre des Prêcheurs que si Dieu a crée d'abord l'homme puis la femme, saint Dominique a d'abord fondé les moniales puis les frères. L'intention est bien de dire que la mission apostolique de l'Ordre et des frères se fonde dans la prière, la présence discrète et essentielle des sœurs, dans ce rappel de leur fraternité puisée dans la Résurrection du Christ. Il est des rencontres fécondes Sœur Marta, sœur Marta, s'il t'arrive de t'affairer pour peu de choses. Aujourd'hui sache que tu as choisi la meilleure part et qu'elle ne te sera pas enlevée. Amen. |
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