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LE 2 SEPTEMBRE 2006, DAX
CELEBREES PAR FRERE FRANCOIS CHAVANES, OP
Chères sours, Comme vous l'avez annoncé sur le faire-part de notre sour Marie-Madeleine, celle-ci est entrée dans la joie de son Seigneur ce 30 août à l'âge de 86 ans, entourée de votre prière et de votre affection. J'ajoute qu'elle était dans sa 62 ième année de vie religieuse, et qu'au cours de ces années, il lui a été confié à plusieurs reprises des charges importantes comme celles de maîtresse des novices et de prieure. J'ajoute encore qu'elle fonda, en 1980, avec quelques autres sours la petite fraternité de Saint Martin de Hinx , village proche de la ville de Dax. Ce rappel étant fait, il me revient de faire une brève homélie, à parler des lectures de cette messe. Ces lectures sont pleines d'espérance. En effet, dans la première lecture, l'apôtre Paul promet aux premiers chrétiens qu'au delà de cette vie, une vie nouvelle commencera pour eux : ils seront pour toujours avec le Seigneur. Dans l'évangile, Jésus annonce à ses disciples son prochain départ. Mais cette annonce s'accompagne d'une promesse : " Je pars" leur dit-il. Il ajoute : "Je vais vous préparer une place. Je reviendrai vous prendre avec moi, en sorte que là où je suis vous y serez vous aussi". La promesse qui nous est faite dans ces deux lecture est que - au delà de cette vie - une place nous attend auprès du Seigneur. Elle nous a été préparée, elle nous est réservée. Le Seigneur nous y accueillera et nous demeurerons pour toujours auprès avec lui. Admirable promesse dont bénéficie déjà notre sour Marie-Madeleine. Dieu nous aime, il est Amour ; or le propre de l'amour c'est de partager ce que l'on est avec ceux qu'on aime. Le Seigneur qui nous aime nous donnera en partage sa propre vie qui est éternelle. Cependant, nous découvrons combien nous sommes indignes d'occuper une telle place. Aussi la joie d'une telle promesse s'accompagne d'humilité qui nous fait demander notre pardon. C'est ainsi que la prière de l'Eglise en faveur de notre sour Marie-Madeleine fait alterner des demandes de pardon avec des demandes pleines d'espérance. La prière que nous allons dire sur les offrandes comporte cette double supplication : " Que ta servante Marie-Madeleine obtienne de ta miséricorde le pardon sur lequel elle comptait et qu'elle ait part au bonheur des saints". Pour ceux, qui comme notre sour Marie-Madeleine, se sont engagés sur le chemin de la charité par l'offrande de leur vie, c'est l'espérance et la joie qui dominent à l'heure de leur mort. Comme vous le savez peut-être, l'Abbé Pierre a fait jadis un naufrage dans le Rio de la Plata en Amérique Latine. Peu après , un journaliste français traversa l'Atlantique pour aller l'interviewer. Il lui demanda : "Dites-moi ce que vous avez ressenti quand vous avez failli vous noyer ? Qu'est ce que la mort pour vous ?" . L'Abbé Pierre lui répondit : "La mort, c'est la rencontre longtemps désirée avec un être aimé". Oui, c'est bien cela la mort pour celui et celle qui se sont engagés à marcher à la suite de Jésus dans la vocation qui leur a été donnée ; vocation qui diffère selon les uns et les autres mais qui converge dans la mise en pratique au renoncement par l'amour tel que Jésus le demande à ses disciples : "Si quelqu'un veut venir à ma suite qu'il renonce à lui même , qu'il prenne sa croix et qu'il me suive". Heureusement, qui que nous soyons, nous sommes sauvés même si nous ne pouvons prétendre ressembler à notre sour Marie-Madeleine ou à l'Abbé Pierre ; nous sommes sauvés par l'humilité. L'humilité du Publicain de la parabole qui n'osait pas lever les yeux vers le ciel et qui disait : " Aie pitié, Seigneur, du pécheur que je suis". Jésus nous dit qu'il rentra chez lui justifié. Par l'humilité, nous entrerons chez nous justifiés. "Chez nous" : c'est à dire dans la maison du Seigneur. L'espérance chrétienne comporte donc l'espoir que ceux qui nous ont précédé vivent auprès du Seigneur et aussi qu'ils continuent à intercéder en notre faveur. Mercredi dernier, dans l'après-midi, le corps de notre sour Marie-Madeleine a été transporté dans la salle du chapitre des sours. Le soir de ce jour, après l'office des complies, je suis allé me recueillir auprès du cercueil. J'étais seul. Une sour entra pour fermer les volets. Elle s'excusa de me déranger ; puis me dit : "Les sours de la communauté ne veillent pas notre sour Marie-Madeleine, car c'est elle à présent qui veille sur nous". Cette parole dans sa simplicité et sa vérité m'a touché. Les rôles sont inversés. Alors que hier encore nous prions pour elle en espérant sa guérison ou en demandant que le Seigneur lui donne la force d'accomplir chrétiennement son passage jusqu'à lui. A présent, c'est elle qui veille sur nous, qui intercède pour nous. Nous croyons que ceux et celles qui nous quittent sont vivants auprès de Dieu. ils unissent leur intercession à celle de Jésus, lui qui "entré dans le ciel même, afin de paraître pour nous devant la face de Dieu" ( Heb . 10, 24) et d'intercéder en notre faveur. Cette confiance en l'intercession de nos frères et sours que le Seigneur rappelle à lui, est une confiance qu'on peut qualifier de dominicaine. Cette confiance remonte à l'origine de notre Ordre. Peu avant sa mort, frère Dominique leur dit : "Ne pleurez pas, car je vous serai plus utile et vous aiderai plus efficacement après ma mort que pendant ma vie". Utile à quoi ? Utile à faire grandir chez les frères et les sours une charité toujours plus efficace pour procurer le salut des hommes, ce qui est la raison d'être de l'Ordre qu'il avait fondé. A présent, nous allons célébrer l'Eucharistie à l'intention de notre sour Marie-Madeleine. Pour cela, unissons-nous à la prière de l'Eglise et comme le demande saint Augustin, versons dans nos cours ce que prononce nos lèvres ; versons-y des sentiments d'humilité car nous ne sommes pas dignes de le recevoir ; des sentiments d'action de grâce en nous unissant à la préface et à la prière eucharistique. Mettons aussi en nos cours de grands désirs en récitant le "Notre Père" pour faire nôtre chacune des demandes de la prière du Seigneur. Qu'il en soit ainsi. Amen. |
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