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L'ouverture de l'année jubilaire
Introduction au Jubilé par soeur Merete de l'Eucharistie o.p L'année jubilaire Aujourd'hui, nous – moniales dominicaines de Dax – avons la grande joie de commencer notre année jubilaire. Nous inaugurons ce jubilé ce premier dimanche de l'Avent et il durera jusqu'à l'Epiphanie 2008. Cette joie, nous souhaitons la partager avec nos amis et nos frères et sœurs de cet ordre fondé par Saint Dominique. C'est pourquoi vous êtes tous invités à l'ouverture solennelle du jubilé. · Un jubilé est un temps de joie et d'action de grâce. C'est aussi est un temps privilégié qui nous est offert pour vivre plus intensément le pardon de Dieu et la miséricorde les uns envers les autres ; c'est un temps où l'on est invité plus spécialement à recommencer à neuf.
· Notre jubilé c'est la fête de nos 800 ans.
Le premier monastère des dominicaines fut fondé il y a 800 ans à Prouilhe dans l'Aude. Cette première communauté de sœurs dominicaines était en fait un groupe de femmes nobles récemment converties du catharisme par Saint Dominique lui-même. Nous ne savons pas la date exacte de cette fondation, mais on la situe entre la fin de 1206 et la mi-janvier 1207.[1] Les bâtiments du monastère furent construits plus tard et ils ont subi bien des transformations au cours des siècles à la suite des incendies et des événements politiques. L'histoire du monastère de Prouilhe est turbulente comme celle de la France. Cependant, la communauté de Prouilhe existe toujours malgré une longue rupture après la Révolution française.[2] Aujourd'hui, cette communauté compte 25 sœurs venant de plusieurs pays. Il y a vraiment de quoi fêter.
· Les moniales de l'Ordre des Prêcheurs La vie monastique dominicaine est une manière de vivre l'Evangile. Elle s'est répandue dans le monde entier depuis huit siècles grâce à des femmes qui à la suite du Christ, sont entrées dans l'ordre de Saint Dominique. La célébration de ce jubilé ne se limite pas au monastère de Prouilhe. Prouilhe n'est même pas le centre des festivités. "La célébration de l'Année jubilaire se fait dans tous et chacun des monastères d'un bout du monde à l'autre."[3] Nous sommes aujourd'hui environ 4 000 moniales, de 241 monastères repartis dans 43 pays sur quatre continents. Dans chaque monastère les sœurs inaugurent ce jubilé. Pour parler de la France plus particulièrement, nous sommes aujourd'hui en communion avec presque 300 moniales dans les 14 monastères français y compris St Denis à la Réunion.
· Puis, tout l'Ordre des Prêcheurs jubile Puisque nous faisons partie de l'Ordre des Prêcheurs cette année jubilaire concerne bien évidemment tout notre ordre. Savez-vous que Saint Dominique fonda une communauté de sœurs avant de fonder, formellement, une communauté de frères. En effet, le monastère de Prouilhe fut – et cela est remarquable – fondé avant la fondation des Frères prêcheurs. L'Ordre des Prêcheurs – dominicains - ne sera reconnu que 9 ans plus tard, en 1215. Vue ainsi rétrospectivement, nous fêtons la fondation de la première communauté de ce qui deviendra l'Ordre des Prêcheurs.
Il y a plus encore : Si nous regardons de plus près le monastère de Prouilhe dans ses premières années, nous retrouvons les autres branches de l'Ordre des Prêcheurs. Attachée au monastère des sœurs, il y avait une communauté de frères prêcheurs. Mais puisque l'Ordre n'était pas encore reconnu, leur communauté ne l'était pas non plus. On ne peut pas parler d'une double communauté car sœurs et frères n'avaient pas le même supérieur : Dès le début, les sœurs avaient leur propre prieure. Ces deux communautés étaient très proches et elles partageaient par exemple la chapelle. La communauté de sœurs ne sera pas séparée complètement de celle des frères qu'en 1246. [4] Et c'est peut-être à partir de ce moment-là, que la clôture stricte leur sera imposée. Or, en ce même lieu, on trouve aussi des laïcs qui d'une manière ou d'autre étaient liés à Saint Dominique. Tous, frères, sœurs et laïcs, faisaient partie de ce qu'on appelle "la Sainte Prédication de Prouilhe".[5] Les sœurs y contribuaient par leur prière et leur pénitence, leur accueil et leur soutien fraternel car si les premières sœurs dominicaines n'étaient pas cloîtrées, et si tous les premiers documents ne les appellent pas moniales, elles menaient une vie selon la tradition monastique. Elles n'étaient aucunement des prêcheresses itinérantes comme les frères. A l'intérieur de leur monastère, elles menaient une vie centrée sur la Parole de Dieu ; cette même Parole qui était prêchée par leurs frères. On pourrait se demander qu'est-ce que St Dominique avait envisagé en fondant la première communauté à Prouilhe ? Il me semble que chercher chez Saint Dominique un éventuel projet de cette fondation est une perte de temps. Mieux vaut s'en abstenir et dire comme a écrit le dominicain Per Bjørn Halvorsen, historien : "Il semblerait plus réaliste d'attribuer la fondation de Prouilhe, et plus tard celle de l'Ordre, à la Providence divine que Dominique, avec son intuition spirituelle profonde, a été capable de reconnaître dans les signes du temps, d'interpréter et de mettre en œuvre."[6] La fondation de Prouilhe fut une fondation extraordinaire. Prouilhe était le centre de la Sainte Prédication dans laquelle Saint Dominique devint la personne la plus importante. Parmi ceux qui y participèrent, l'Eglise reconnut d'abord le monastère des sœurs. Or ce monastère a été dès son début, un fruit de cette prédication. Quand nous fêtons la fondation de Prouilhe, nous fêtons ipso facto la prédication de Saint Dominique dont la communauté des sœurs à Prouilhe – ou si vous voulez la vie monastique dominicaine - est un témoin vivant depuis 800 ans. C'est donc, l'ordre tout entier qui jubile ; un ordre présent dans plus de 100 pays dans tous les coins du monde avec plus de 40 000 sœurs, frères et moniales sans compter de nombreux laïcs dominicains qui constituent la branche la plus nombreuse de ce que nous appelons la Famille dominicaine. Nous pouvons dire avec joie et reconnaissance que l'Ordre porte bien ses 800 ans ; il est toujours en plein vigueur. Nous prions qu'il reste toujours fidèle à la mission que Saint Dominique lui a confiée.
· Enfin, l'Eglise jubile avec nous St Dominique a fondé son ordre pour prêcher la Parole de Dieu en vue du salut du monde. L'ordre des Prêcheurs appartient ainsi à l'Eglise, c'est à dire à nous tous ici rassemblés. Vous êtes, chers amis, vous aussi concernés : c'est pourquoi vous êtes invités à célébrer et à fêter cette année jubilaire avec nous en ce lieu.
Saint Dominique Dominique faisait de son cœur, "son sanctuaire intime", une rencontre entre le Christ sauveur et l'homme pécheur. Sa vie contemplative était le fondement de sa prédication et de sa compassion. La contemplation était sa manière de rencontrer le monde et d'affronter difficultés et défis. C'est grâce à la contemplation qu'il a pu discerner les signes des temps et dans une situation donnée, improviser et agir à partir des circonstances. La fondation de Prouilhe en est un bon exemple. Saint Dominique était aussi un homme réaliste qui a su acquérir les bulles papales nécessaires pour que son Ordre puisse accomplir sa mission et il lui a donné un gouvernement qui lui permet de s'adapter aux lieux et aux temps différents.
En fêtant la première communauté de dominicaines contemplatives, nous fêtons la grâce de la contemplation qui est le fondement de tout l'ordre dominicain. C'est par la contemplation du Christ Sauveur que nous apprenons l'amour fraternel et la miséricorde et que le prédicateur apprend à prêcher. "Contemplata aliis tradere" disait le dominicain Saint Thomas d'Aquin. Cette devise dominicaine peut se traduire "Transmettre aux autres ce qu'on a contemplé." Il faut d'abord contempler Dieu ; la prédication n'est que le fruit de cette contemplation. S'il n'a pas contemplé les mystères divins, le prédicateur n'a pas grand chose à donner à son auditoire. Cette attitude contemplative de Dominique est un héritage précieux qu'il a légué aux frères et aux sœurs de son ordre. Cette année jubilaire veut être un rappel pour tout l'ordre, et pour l'Eglise, de venir puiser à la source de la contemplation, la source qui pour Saint Dominique devient une fontaine de la prédication. - L'année jubilaire, comment sera-t-elle célébrée ? · Durant cette année jubilaire, chaque monastère de notre ordre est un lieu de rencontre et dialogue, un lieu et de prière et un lieu de célébrations liturgiques. Pour citer notre frère Carlos Alfonso Azpiroz Costa, Maître de l'Ordre des Prêcheurs qui dans la lettre où il annonce le jubilé à tous les membres de l'Ordre des Prêcheurs, s'exprime ainsi : "L'Année jubilaire sera une expression de gratitude pour notre vocation dominicaine qui nous appelle à Louer, Bénir et Prêcher Dieu avec l'Eglise, dans l'Eglise et pour l'Eglise."[7] Durant cette année, les chapelles et les oratoires de nos monastères sont de véritables lieux de pèlerinage. Pour promouvoir des fruits spirituels et pour renforcer la relation entre l'Ordre des Prêcheurs, les fidèles et le saint siège, le pape Benoît XVI accorde sur ces lieux, l'indulgence plénière acquise dans les conditions habituelles. Pour en savoir plus, vous pouvez consulter l'affiche au fond de la chapelle. L'ouverture officielle du jubilé sera célébrée tout à l'heure, après la conférence, où nous entrerons dans la chapelle en procession pour chanter les Vêpres solennelles du premier Dimanche de l'Avent. En la fête de l'Epiphanie 2008, il y aura l'office de clôture. Pendant cette année jubilaire, nous avons prévu plusieurs conférences. Sachant que notre diocèse entre aujourd'hui dans l'année de la Parole, la conférence de ce soir a pour thème "Saint Dominique et la Parole de Dieu". Ce titre fait le lien entre ces deux années et la conférence sera donnée par un landais, le frère dominicain Elie Pascal Epinoux du Couvent de Toulouse. Comme chaque année, la fête de Saint Dominique, le 8 août, sera marquée de façon très festive. Pour le reste, vous êtes invités à suivre les affiches dans notre chapelle ou à regarder notre site internet que nous essayons de tenir à jour dans la mesure du possible.
Cette nouvelle année liturgique s'annonce riche en nous offrant beaucoup de possibilités pour revenir aux sources de notre Ordre et à la personne de Saint Dominique. Nous prions que cela porte du fruit : se plonger dans le passé donne souvent l'occasion d'ajuster son regard sur sa propre vocation et celle de l'Ordre. Comme le frère dominicain Marie-Dominique Chenu l'a écrit : "Le rappel du passé, le retour aux sources est toujours un phénomène révolutionnaire puisque c'est un retour à la puissance créatrice."
Allons, frères et sœurs, jubilons tous !
[1] Per Bjørn Halvorsen, "Dominikus - En europeers liv på 1200-tallet", Novus, Oslo 2002. Ce livre va sortir en français en 2007 (Cerf) [2] Rupture entre 1792 et 1880 ; cf. Fr Elie Pascal Epinoux, o.p. "La naissance de Prouilhe", dans "Sainte Marie de Prouilhe – 800 ans de l'histoire dominicaine" Ed. de Signe, Strasbourg 2006 [3] Frère Carlos Alfonso Azpiroz Costa, dans sa lettre de 29 avril 2006, à tous les membres de l'Ordre dominicain annonçant le jubilé [4] Per Bjørn Halvorsen, ibid. [5] La notion La Sainte Prédication de Prouilhe fut appliquée à la mission aux Cathares par le pape Innocent III [6] Per Bjørn Halvorsen [7]Frère Carlos Alfonso Azpiroz Costa, ibid. |
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